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Une démarche qui ne manque pas de saveurs

par | 14 Juin 2023

Un couple renoue avec ses racines terriennes en réintroduisant la culture bio de l’amélanchier dans le sud de la Bourgogne.

Noé Mercier au sein de son verger sis sur le hameau de Lancharre, commune de Chapaize (Saône-et-Loire). Crédit Gilles Motteau – GA presse.

Noé et Gabriella Mercier sont pionniers en l’espèce. Le couple d’arboriculteurs trentenaires, réintroduit la culture de l’amélanchier sur une zone Natura 2000 située dans le sud de la Bourgogne, à proximité de Cluny. Sur la commune de Chapaize, hameau de Lancharre, ils exploitent quelque 7 hectares. « Notre défi consiste en la création d’un verger forêt diversifié (NDLR – amélanchiers et pommiers de diverses variétés), plein vent, précise Noé Mercier. Les terres que nous cultivons sont dédiées à la culture de l’amélanche, à sa réintroduction en France, selon des méthodes de permaculture et d’agroécologie ».

Désormais, 11 000 arbres, amélanchiers et pommiers, rythment visuellement le paysage de ce coteau bourguignon. Les amélanchiers ont trouvé place tous les cinq rangs de pommiers. Et ainsi de suite sur l’ensemble de la parcelle, selon le principe des haies fruitières étagées. Les derniers amélanchiers ont été plantés au printemps 2023. « Notre démarche n’est pas passéiste ou conservatoire mais se veut innovation, explique le jeune arboriculteur. Notre aventure représente une expérimentation écologique, agronomique, économique, sociale et culturelle. Celle-ci a pour objet la recherche de la réconciliation entre la diversité agronomique de la tradition paysanne et la réalité économique actuelle du monde agricole ». Dont acte !

Un projet mûri pour un choix de vie

Les plants d’amélanchiers en pleine floraison au printemps. Crédit Gilles Motteau – GA presse

L’installation du couple sur ces terres clunysoises est tout sauf le fruit du hasard. Brillants universitaires (doctorants), jusqu’alors, Gabriella et Noé ont choisi de tester leurs connaissances dans un cadre de recherche appliquée. Gabriella est géographe de formation et Noé anthropologue. L’un comme l’autre sont depuis leur plus jeune âge viscéralement attachés à la terre. Si Gabriella est originaire des terres chiliennes, les racines de Noé sont ancrées profondément dans le sol et le sous-sol bourguignon. Et ce depuis des générations. Rien de plus naturel pour le couple que de devenir acteurs de changement.

« L’analyse de la situation économique, sociale et culturelle du monde agricole, en crise et inféodé à un impératif d’industrialisation croissant, nous a conforté dans l’idée de création de ce verger, souligne Noé Mercier. Sans intrants ni pesticides, il est centré sur la production d’un fruit méconnu, ancien et rare : l’amélanche.Par cette initiative, nous souhaitons effectuer notre part dans la tâche ambitieuse de restauration des équilibres ruraux et de la complémentarité rural et urbain ».

Bouturage, transformation et circuits courts

Pour l’heure le couple surveille d’un œil attendri les jeunes pousses d’amélanchier. Puis viendra le temps de l’exploitation de ce fruit. Là encore Noé, et Gabriella ont jalonné l’avenir. « L’amélanchier est le fruitier du futur, affirme Noé Mercier. Son fruit est une excellente source de manganèse, de magnésium, de fer, de potassium et de carotène. 100g d’amélanche procure 22% des besoins quotidiens en carotène et 30% des besoins en fer. Mais c’est aussi une meilleure source de calcium que la viande rouge, les légumes et les céréales ».
 

Outre le bouturage, afin de renouveler leur propre verger, mais aussi favoriser l’implantation de nouveaux, le couple envisage différentes formes de débouchés, notamment pour ses récoltes d’amélanches. « Nous allons privilégier la vente de produits frais, en circuits courts, explique Noé Mercier. Mais nous réfléchissons aussi à de la transformation de nos fruits. La pulpe d’amélanche s’y prête très bien ».

La démarche de ces pionniers s’inscrit à contre-courant des juteux et mortifères profits de l’industrie agroalimentaire. Bref, une démarche de bien meilleur goût.
 

Gilles Motteau

Conseils de culture de l’amélanchier alnifolia

Crédit Les Vergers de l’amelanche


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