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Continuer à manger de la viande, qu’est-ce que ça implique ?

par | 4 Déc 2023

Santé, nutrition, environnement, bien-être animal… L’élevage est à la croisée des chemins. Si continuer à manger de la viande est possible, une transformation en profondeur de l’élevage en faveur de systèmes plus vertueux, à l’instar des fermes paysannes, est nécessaire, tout comme une réduction de la consommation.

Des vidéos qui montrent des animaux vivant entassés sans voir la lumière du jour, des rapports qui rappellent l’impact de l’élevage dans le changement climatique en cours, une concentration qui entraîne la pollution de cours d’eau et des sols, des produits carnés ultra-transformés qui soulèvent des enjeux sanitaires… Les conditions de production industrielles de viande dans l’Hexagone n’ont jamais soulevé autant de questions.
En France, environ 70 % de la surface agricole utilisée est dédié à l’élevage. Extensif, défendant les valeurs de l’agriculture paysanne, d’un côté avec le pastoralisme, les pâturages et les montées dans les alpages, l’élevage est aussi en grande partie intensif et industrialisé de l’autre. Alors que près de 80 % des animaux sont élevés dans des exploitations intensives, selon les associations de défense des animaux, on compte près de 3000 fermes-usines, dont les deux tiers se situent en Bretagne et dans les Pays de la Loire.

En 2023, une soixantaine de chevreaux ont été élevés à la ferme, parfois jusqu’à l’âge de 7 mois au lieu de les vendre à un engraisseur trois jours après leur naissance

Des challenges multiples à relever

Les enjeux sont nombreux. En matière de ressources (eau, céréales, etc.) d’abord. Les animaux consomment des aliments qui pourraient l’être par les humains, et leur élevage industriel favorise la déforestation au profit de cultures comme le maïs et le soja destinées à les nourrir. Ensuite, les sols, l’eau, l’air, et les écosystèmes en général, sont touchés de plein fouet par les pollutions, notamment liées à l’azote. Enfin, l’élevage est aussi l’un des plus gros contributeurs carbonés (production de méthane par les ruminants, importation de céréales, transport, etc.), à hauteur de 46 Mt éqCO2 en France.

Face à ce constat peu reluisant, Jean-Louis Peyraud, directeur scientifique agriculture à l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) et spécialiste des rapports entre élevage et environnement, avance une « vision balancée ». « Cela fait des milliers d’années que les êtres humains pratiquent l’élevage []. Les impacts négatifs ne doivent pas être niés mais l’élevage est aussi porteur de solutions. » Il évoque notamment sa contribution, via le fumier, à la fertilité des sols, les prairies qui participent à la régulation des inondations, à la filtration de l’eau et au maintien de la biodiversité, le recyclage de denrée non consommables par les humains ou encore le stockage des émissions de gaz à effet de serre dans les sols.

Favoriser les démarches paysannes

« Convaincu que l’élevage doit évoluer », Jean-Louis Peyraud évoque plusieurs leviers. Le premier : gagner en efficacité dans la consommation de ressources utilisée pour élever le bétail. « Tout au plus, cette solution va permettre de moins impacter, reconnaît-il. Mais cela ne permettra pas la bonne santé de l’écosystème. » En réalité, c’est donc le modèle même des exploitations qu’il faut revoir en profondeur. Les solutions pour une transformation de l’élevage se situent davantage, selon lui, dans le développement de la circularité, c’est-à-dire les échanges entre productions animales et végétales, à l’instar de la polyculture-élevage, et dans le fait de favoriser la diversité, des races et des activités notamment.
Des pratiques que l’on retrouve au cœur des élevages paysans, qui loin de se contenter de produire de la viande, promeuvent aussi la diversité des activités, les races rustiques, les meilleures conditions de vie des animaux et la qualité des produits et jouent un rôle social et environnemental au sein de leur territoire, en favorisant par exemple la vente en circuit-court et le développement de l’agriculture biologique.
Le syndicat agricole La Confédération Agricole défend ainsi « une démarche paysanne qui met le binôme éleveur.euse/animal au centre de la ferme et du territoire, jouant sur les complémentarités du monde vivant. L’équilibre écologique est de fait notre principal allié au quotidien », déclare, dans son manifeste Les Solutions paysannes aux défis d’avenir, l’organisation.

Développer les politiques publiques

Dans tous les cas, « il n’y a pas de modèle détaillé, de modèle type, à suivre. L’élevage doit s’adapter au contexte local », note Jean-Louis Peyraud. Le chercheur appelle à le répartir autrement dans l’Hexagone face à la concentration d’exploitations dans certaines régions comme la Bretagne. « Pour chaque territoire, il faut trouver une complémentarité entre élevage et culture. » Les régions peuvent participer à ce changement à travers des plans territorialisés et des soutiens techniques, considère-t-il.
Pour faire évoluer le paysage agricole, « les agriculteurs et les consommateurs d’un bout à l’autre de la chaîne ne disposent que d’une petite partie des leviers», rappelle Christian Couturier, directeur de l’association Solagro*. « Les pouvoirs publics ont un rôle à jouer en se saisissant de  ces questions, estime-t-il, et en interconnectant davantage les thématiques de l’alimentation, du climat et de la santé ; cette dernière étant souvent occultée. »
Réduire la consommation de viande
La réduction de la consommation de viande par personne – dont 30 % en France est importée et notamment 50 % pour la viande ovine et le poulet – elle, semble alors incontournable. « Dans nos scénarios, on ne prévoit pas du tout l’arrêt de la viande, mais une diminution assez forte », note Christian Couturier. Celui-ci invite à adopter un régime demitarien [diviser par deux la consommation] pour atteindre notamment les objectifs de neutralité carbone. L’association préconise une mutation de l’alimentation à hauteur d’un tiers de protéines animales (viande, lait, œufs) et deux tiers de protéines végétales (céréales, légumes secs, fruits à coque…).
En 2022, la consommation, en hausse pour la deuxième année consécutive, se situait à 85 kg équivalent-carcasse par habitant. « Actuellement, on surconsomme », poursuit Christian Couturier. Selon l’association, d’après des chiffres de la FAO et du Credoc, les besoins physiologiques en protéines se situent sont de 60 grammes par jour, les quantités ingérées de 80 à 90 g et la disponibilité (mise sur le marché) de l’ordre de 110 à 120 g.
Avec la diminution de la consommation de viande, faut-il réduire l’élevage ? « La question se pose. On peut admettre qu’il faut le réduire un peu », admet Jean-Louis Peyraud. « Le projet d’agriculture paysanne permet de faire exister des éleveurs beaucoup plus nombreux sur tout le territoire, affirme de son côté La Confédération paysanne. Ainsi, la baisse de la production qui pourrait résulter de son développement, baisse inévitable dans les pays occidentaux pour des raisons nutritionnelles, de sobriété énergétique et de conscience environnementale, n’est qu’accessoire. »

 

* L’association a construit un scénario avec des agriculteurs, des scientifiques, des institutions et des citoyens, pour parvenir à plus de durabilité dans les élevages (pratiques agroécologiques généralisée, production animale essentiellement placée sous label ou signe de qualité, abandon de l’élevage en cage, développement de l’agroforesterie sur les exploitations, races bovines mixtes qui valorisent les prairies naturelles, autonomie alimentaire des élevages afin de s’affranchir des importations massives de tourteaux de soja, etc.)

 

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