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Des méthaniseurs dans les champs : “Quelle terre va-t-on nous laisser ?”

par | 4 Jan 2024

Cest un nœud gordien. Entre autonomie vertueuse et dépendance au lobby : que promet vraiment la méthanisation ? Les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à se laisser séduire par la formule : valorisation des déchets plus revenus complémentaires égale énergie renouvelable”. Mais pour dautres paysans, la méthanisation est loin d’être sans incidence sur les usages de nos campagnes.

Maxime Auffrais, agriculteur de 33 ans à Châteaubriant, a investi avec ses trois associés dans une unité de méthanisation pour valoriser leur 7 000 tonnes d’effluents d’élevage produits par an.

Maxime Auffrais, agriculteur de 33 ans à Châteaubriant, a investi avec ses trois associés dans une unité de méthanisation pour valoriser leur 7 000 tonnes deffluents d’élevage produits par an. Tous droits réservés.

Sur les murs de leur bureau, une page de journal jaunie affiche la couleur. Pour le climat, la COP26 a plein de belles idées. Et nous, on en a déjà une dans les tuyaux.” Ces mots, ce sont ceux de GRDF, en campagne pour le développement du gaz vert grâce à la méthanisationen 2021.
Les hommes ont conservé la publicité et l’ont accrochée. La même année, on se lançait dans les démarches pour créer notre propre unité”, se souviennent Maxime et David Auffrais, agriculteurs aux portes de Châteaubriant (Loire-Atlantique). 

Nouvelle vache à nourrir”
Deux ans plus tard, la SAS Mée Gaz est née et le méthaniseur au dôme gris clair est sorti d’un hectare de terre. Il injectera du gaz dans le réseau de GRDF, à partir de février 2024.

Il vient gonfler le troupeau des 150 méthaniseurs en fonctionnement dans les Pays de la Loire en septembre 2023, selon l’agence locale de l’énergie Aile. “Maintenant, j’ai une nouvelle vache à nourrir. Mais celle-ci mange des déchets pour produire de l’énergie”, lance Maxime Auffrais.

tha à la ferme 100 % autonome”

Associé à ses deux grands frères et un tiers sous le nom Gaec de la Mée, l’homme a 280 hectares de terres et déjà un cheptel de 800 bêtes à s’occuper. Les exploitants produisent du lait, de la viande de taurillon et des céréales. Et beaucoup d’effluents d’élevage, qu’ils cherchent “à valoriser”. “D’où le méthaniseur !, sexclame Maxime Auffrais. On sera les seuls à l’alimenter. On défend la ‘métha’ à la ferme 100% autonome.”

 7 000 tonnes deffluents d’élevage par an

Celui-ci va ingurgiter 25 tonnes d’intrants par jour. Soit, à l’année, 4 000 tonnes de lisier et 3 000 tonnes de fumier. Aux déjections animales, s’ajoutent 2 100 tonnes de céréales : du seigle issu de CIVE, (cultures intermédiaires à vocation énergétique), et du maïs ensilage de leur culture principale.

La SAS Mée gaz va injecter du biométhane dans le réseau de distribution de Châteaubriant, exploité par GRDF

La SAS Mée gaz va injecter du biométhane dans le réseau de distribution de Châteaubriant, exploité par GRDF, à partir de février 2024. Tous droits réservés.

“Les céréales, on s’en passerait bien. Mais les végétaux sont nécessaires pour faire tourner le digesteur”, concède l’agriculteur. 

Chaque jour, 25 tonnes d’intrants entreront dans la trémie du méthaniseur de la SAS Mée Gaz, à Soudan. Les agriculteurs exploitants du site assurent qu’il n’y aura que seule leur matière première alimentera l’unité.

Chaque jour, 25 tonnes dintrants entreront dans la trémie du méthaniseur de la SAS Mée Gaz, à Soudan. Les agriculteurs exploitants du site assurent quil ny aura que seule leur matière première alimentera lunité. Tous droits réservés.

Faire chauffer à 40 degrés, puis sortir du gaz

La cuve chauffe tous les ingrédients à 40 °C. Là, des bactéries viennent dégrader la matière tout en produisant du méthane, stocké dans le dôme. Selon GRDF, il faut attendre 40 à 60 jours pour voir des bulles remonter à la surface de la mixture : les balbutiements du gaz. En fonction des installations, la matière peut fermenter dans le digesteur pendant 200 jours.
Le gaz est épuré à la ferme pour devenir du biométhane. Une fois propre et odorisé, il est stocké dans un poste avant d’être injecté dans le réseau.

 Petit calibre”

Les quatre associés ont déclaré leur unité en préfecture. Nul besoin d’enquête publique ou de demande d’autorisation environnementale pour les garçons de la Mée, leur marmite 

“petit calibre”[1].  Pour les puristes, elle aura un rendement de 55 normo mètres cubes de biométhane par heure (unité de mesure de quantité de gaz). Selon l’association Aile, en Pays de la Loire, la grande majorité des méthaniseurs à la ferme, collectifs ou centralisés[2] a un rendement supérieur à 100 Nm3 CH4/h.

La boucle est bouclée”

“On a un contrat sur 15 ans. On doit produire, maximum, 5 635 Mégawattheure par an de biométhane. On devrait vendre le MW/h 182 €.” Le tout, pour un investissement de 3 millions deuros. Le digesteur produit également un résidu, le digestat. Il sera épandu sur les terres en guise dengrais. “Pour moi, la boucle est bouclée”, se satisfait Maxime Auffrais. Sa ferme robotisée est dans sa famille depuis quatre générations. “On a toujours été de lavant.”

Le GAEC de la Mée, à Châteaubriant, possède un cheptel de 800 bêtes.

Le GAEC de la Mée, à Châteaubriant, possède un cheptel de 800 bêtes.

Entrer dans le monde de la méthanisation, c’est pour lui une nouvelle opportunité de diversifier leur production. Il parle “d’autonomie vertueuse”. D’autres mettent en garde : les dérives ne sont jamais loin.  

Lappât du gaz

 Tous les ans, le lobby de l’énergie franchit un peu plus les barrières des champs. Au départ, il y a lappât de la manne gazière, grosse concurrence au prix du lait. La méthanisation est vendue comme une source de revenus complémentaires pour les agriculteurs. Un argument qui agace Jean-Pierre Hamon, paysan à Blain (Loire-Atlantique) et référent sur la question foncière pour la Confédération paysanne. “C’est notre métier, nourrir la France, qu’il faut rémunérer.”

Pour le syndicaliste, la publicité ne dit pas tout : des investissements très onéreux, des emprunts, des coûts de maintenance, de production“C’est une perte de capacité financière.” Souveraineté alimentaire ou énergétique ?
Une fois lancés dans la ‘métha’, pour Jean-Pierre Hamon, les agriculteurs deviennent “énergiculteurs”. Quand la machine est en route, difficile de l’arrêter. Il faut la rentabiliser.” “Une terre, un usage, martèle l’homme. C’est soit nourrir le digesteur, soit la vache. Et les deux aiment les mêmes aliments.” Les céréales en l’occurrence, qui offrent un meilleur rendement de gaz que le fumier ou le lisier. “L’intrant jackpot : c’est le maïs ensilage.” La culture alimentaire entre alors dans la trémie des unités. L’Allemagne a fait les frais de cette concurrence entre nourrir ou produire de l’énergie, et rétropédale aujourd’hui. Plus proche de nous, la Région Normandie a récemment dénoncé ce système.

Jean-Pierre Hamon est paysan à Blain et syndiqué à la Confédération paysanne. Le syndicat adopte une position très méfiante envers le développement de la méthanisation.

Jean-Pierre Hamon est paysan à Blain et syndiqué à la Confédération paysanne. Le syndicat adopte une position très méfiante envers le développement de la méthanisation. Tous droits réservés

“Les conséquences sont profondes : accaparement des terres, perte de l’élevage et de la biodiversité…”

 Appauvrissement des sols ?

 Enfin, que dire du digestat épandu ? Pour la Conf’, il faut des études scientifiques et urgemment. “Le digestat est un fertilisant assimilable rapidement par les sols. Mais il ne les nourrit pas car il est dépourvu de carbone, s’avance Jean-Pierre Hamon. Le meilleur apport reste le fumier. C’est l’or du paysan, pas un déchet.”
Malgré tout, le gouvernement met le cap sur 2050 et la neutralité carbone. En 2022, le biométhane injecté dans les réseaux a permis de couvrir 1,6 % de la consommation totale de gaz naturel, relève le portail national de la méthanisation.
Selon le média Contexte, qui publie en novembre 2023 les hypothèses provisoires de la SNBC (Stratégie nationale bas carbone) : “L’exécutif espère que 80 % des effluents d’élevage seront méthanisés en 2050… Contre seulement 5 % actuellement. Autre levier, le quasi-triplement des cultures intermédiaires et notamment celles à vocation énergétique.”
“Ça me fait peur… Quelles terres va-t-on nous laisser ?, souffle Jean-Pierre Hamon. Il reconnaît le besoin d’énergie renouvelable”, mais se désoledu manque de raisonnement de la filière”.
“On se pose aussi des questions, conclut Maxime Auffrais, chargé du méthaniseur du Gaec. Je suis, en quelque sorte, un éleveur technicien. Mais avant tout, je suis un mordu d’agriculture. On peut être une exploitation moderne et rester attentif à son environnement.”

 

[1] “Toutes les unités de méthanisation relèvent du régime des ICPE, les installations classées pour l’environnement. Trois niveaux de réglementation existent. Le régime de « l’autorisation », le plus contraignant et contrôlé, comprend les installations qui consomment plus de 100 tonnes par jour de matières premières. Celui de « l’enregistrement » concerne un volume compris entre 100 et 30 tonnes par jour. Enfin, le plus léger, le régime de la « déclaration » couvre les sites inférieurs à 30 tonnes par jour”, précise le média breton Splann ! dans son enquête sur la méthanisation. Avant 2018, les projets ingurgitant plus de 60 tonnes par jour devaient demander une autorisation environnementale.

 

[2] À la ferme : unité de méthanisation avec un portage majoritairement agricole (+50% capital ; de 1 à 2 exploitations agricoles), valorisant plus de 50 % d’intrants agricoles, implantée sur une exploitation ou à proximité.
Collectif agricole : unité de méthanisation portée par au minimum 3 structures agricoles, gouvernée par des agriculteurs, valorisant plus de 50 % d’intrants agricoles, implantée sur un site dédié.
Centralisée : unité de méthanisation avec participation des acteurs du territoire (agriculteurs, entreprises, collectivité…), ou valorisant des déchets du territoire.

Source : Aile / Plan Biogaz – DREAL – GRDF

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