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« Toutes les ressources de subsistances les plus vitales se situent dans les ruralités »

« Toutes les ressources de subsistances les plus vitales se situent dans les ruralités »

Suite et fin de l’entretien que Guillaume Faburel, enseignant chercheur en géographie, nous a accordé.

Comment, selon vous, retrouver un équilibre entre urbain et rural, ville et campagne ?
 

Dans un monde idéal, effectivement, il nous faudrait, vu que le temps est compté, penser l’harmonie, et donc l’équilibre. Mais c’est un jeu de plateau. Dans la réalité, on hérite comme tout un chacun d’une histoire collective, avec des rapports de domination, de détermination, de subordination, et d’aliénation accessoirement.

De ce fait, le rapport ville – campagne, aujourd’hui quand il est présenté ou attendu comme harmonisé, mieux équilibré, c’est un discours qui nous vient des villes. Je parle là, des acteurs, des décideurs de villes. Ils ont bien compris que ces machines urbaines étaient d’une vulnérabilité extraordinaire et d’une résilience assez limitée. Du coup, il faudrait retisser des liens, penser des harmonies, des rapports ou des contrats de réciprocité. Le problème est que l’on hérite de plus d’un siècle de maltraitance des ruralités, du monde de la paysannerie qui est passé par le menu… Il y a une morgue urbaine, un sentiment de supériorité. Dans ce contexte, penser équilibre : oui ! A la condition que nous soyons clairs sur l’asymétrie d’entrée, et nous la rééquilibrions d’abord ! C’est qu’on rende un peu de fierté, de moyens… économiques, que l’on reconnaisse les culturalités et les ruralités… et que s’il s’agit de désurbaniser pour réenpasaynner ; et c’est ce que je défends ; et bien que les cultures paysannes dans la subalternité deviennent dorénavant le moteur. C’est à dire que les savoirs de la main, les savoirs-faire autonomisant, la connaissance, le labeur, les types d’activités, les tâches qui nous incombent ne soient pas vus de façon fantasmagorique par des urbains qui suffoquent de l’hyper stimulation urbaine, mais que ces gens là fassent l’effort de revisiter ce que l’Histoire triomphante a mis de côté. A savoir la petite paysannerie, l’agroécologie, l’agroforesterie, la permaculture. Là, pour moi, est le préalable essentiel. Si les villes gagnent en humilité, les campagnes gagneront en responsabilité. Il faut dorénavant que les villes rendent les bras aux campagnes, mais avec d’autres cerveaux. Et que les urbains en rabattent un peu sur leur propre fierté et ne viennent pas tout coloniser. Il y a vraiment un travail préalable de déconstruction. Cela concerne en premier lieu les donneurs d’ordre, et notamment l’État. Toutes les institutions sont logées à Paris. Et souvent on a l’impression d’une écologie de bureau.



Le début des années 1960 voit éclore des projets de villes nouvelles, érigées ex-nihilo sur des terres agricoles. Quelles leçons a t-on tirées ou retenues de ce type d’aménagement du territoire ?


 Concernant ces villes nouvelles, les neuf (NDLR. dont Val-de-Reuil dans l’Eure) dont sept en Île-de-France, le but était de créer des unités avec un taux d’emploi égal à un, dans des périphéries d’agglomérations grossissantes pour bloquer le processus d’étalement anarchique qui était propre à l’agglomération parisienne et quelques autres agglomérations. Le choix a été pris par la DATAR* de la grande époque, qui a créé les villes nouvelles entre les métropoles d’équilibre.On est dans une logique d’État d’aménagement. Et c’est là, pour moi, que le monde a encore plus changé, et pas seulement sur la question écologique. La géographie d’État n’a plus les mêmes moyens que dans les années 1950 – 1960. On est dans une logique qui est propre à de l’État, l’État aménageur, de l’État planificateur.

Le constat est aujourd’hui : si on continue ce genre d’aménagement, on est encore et on conforte le système productiviste, en créant des fonctions de vie clefs en mains pour chacun. Cette ère là, cette période, est aujourd’hui pour moi, un errement. On ne peut s’en nourrir, même si au préalable l’idée peut paraître séduisante. En tout cas, le mode opératoire, l’arrière plan politique et les destinées économiques sont encore dans un schéma de croissance et de développementalisme qu’il nous faut combattre ardemment. De cela je ne tire pas grand enseignement, car ce que je suis appelé à défendre, avec d’autres, c’est la revitalisation de petites villes existantes, ou villes moyennes. Ces unités qui ont connu quelques désindustrialisations, ou d’autres qui ont bien vécu et qui n’ont pas périclité comme on le présente abondamment. Ce sont ces foyers, cette de vie qui vont de 2 à 3 000 habitants jusqu’à 20 000, voire un peu plus. Là on a une strate territoriale, qui plus que des villes nouvelles créées ex-nihilo, qu’il faut réinvestir collectivement. Car on n’a pas encore le phénomène de masse propre à la métropolisation… on a l’accès aux terres plus ou moins proches. Passé 20 à 30 000 habitants, on retrouve les effets de seuil évoqués avant, et on est obligé de se rendre dépendant de chaînes de production et d’acheminement quasiment à l’autre bout du monde. Il ne faut pas rétrécir les vies mais resserrer un peu les villes. Plutôt que des villes nouvelles, il faut des villes historiques et apprendre à peupler différemment.

On a 3,2 millions de logements vacants en France. La crise du logement en France n’est pas une crise de pénurie, mais une crise de répartition. C’est dans les périphéries, dans les ruralités que les logements sont là. Les ressources forestières y sont, les ressources de la terre mêmes si certaines ont subi une mauvaise exploitation via un modèle que je ne défends pas. En fait, c’est là que toutes les ressources de subsistances les plus vitales se situent.

Au sommaire


Un rapport de l’Institut national (INSEE) en date du 23 mai 2023 souligne qu’en Normandie en 10 ans, 15 000 hectares de terres agricoles ont été consommées pour du logement. Et ce alors même que le solde migratoire est stable, voire atone. Que vous inspirent les résultats de cette étude ?
 

On est sur un taux d’artificialisation qui est assez connu et engagé depuis belle lurette. Cette artificialisation est pour 60% du logement, mais à côté de cela il y a les infrastructures de transport, les zones d’activités commerciales, les zones industrielles. Il y a plein de raisons à cela, qui puisent à la fois dans les ressorts de l’économie budgétaire, la fiscalité locale.

Je vois deux grands types de raisons. Le premier, déjà évoqué, c’est que le monde des élus, tous partis confondus, du fait même d’accéder au pouvoir, est dans une logique croissanciste. Prenons l’exemple du programme national « petite ville de demain » ou « opération cœur de ville » dans les villes moyennes ou les petites villes. Nombre d’élus s’en sont frottés les mains. Tous les élus, en vertu de nos mantras politiques, tous sont dans le développement, et la croissance qui l’accompagne.

Au-delà des rigidités technico-juridiques, ou fiscales, il y a un déni d’un autre habité. Je pense, en caricaturant, qu’il y a à la fois, des élus qui se font réélire en ayant inauguré une petite zone commerciale, et que toujours dans le régime de croissance, on trouve ; la peur étant la chose la mieux partagée entre nous ; sachant qu’on veut sécuriser notre avenir en investissant dans la pierre, en ayant un petit pavillon, tout cela vient justifier un BTP très puissant en France. C’est la périurbanisation qui a gagné aujourd’hui, avec plus de 15 millions de périurbains.

Donc besoin de sécurisation par rapport à la propriété privée, et des élus qui considèrent que la fonction ou le mandat intègre cette fonction bâtisseuse. Tout cela est articulé autour du fait de l’érection, le fait de bâtir… cela fait tourner l’économie et le BTP derrière est des puissances les mieux installées dans l’économie française.


« Quand le bâtiment va, tout va ! ». On doit cette formule à Martin Nadaud, maçon, originaire de la Creuse, devenu parlementaire (plusieurs mandats exercés au 19e siècle). Cette petite musique revient régulièrement sur le devant de la scène nationale. Plus d’un siècle et demi après, que vous inspire cette formule ?
 

Pour moi, les raisons évoquées sont principielles. C’est à dire que l’économie du capital, et particulièrement son ère néolibérale, est une économie du tremblement, de la crainte suscitée, du détournement de ce que pourrait être la longue durée. Il s’agit de précariser, soyons clairs ! Pour qu’à un moment donné, nous soyons tous en concurrence. Ou en tout cas, suffisamment humbles vis à vis des conditions d’exercice du travail, notamment, au sens des activités. On est tous des enfants illégitimes et involontaires du grand capital. C’est cela qui se trame derrière. Du coup, c’est habillé par des bons mots, des formules. La France, particulièrement, autour du bâtiment parce que l’histoire industrielle a fait que l’on a produit ces commandements. Ce n’est qu’un visage parmi d’autres du mantra croissanciste, du schéma qui a obéré, hélas pour l’humanité, l’idée même de la finitude des ressources et des limites écologiques. On est entré dans une crise d’époque, et que la nature à prix cassé, ce n’est plus possible. Désormais, il faut apprendre à considérer autrement que par exploitation infinie.

La nature gratuite, en tout cas c’est fini !
 

Propos recueillis

par Gilles Motteau

Eau potable: maîtriser les pollutions à la source

Eau potable: maîtriser les pollutions à la source

Le cycle de l’eau entre terre et atmosphère est universel, et, en corollaire, vecteur universel de diffusion des pollutions quelles qu’en soient les origines dans toute la biosphère planétaire.

En matière de ressources en eau douce, les entités fondamentales et incontournables à prendre en compte sont les bassins versants (BV) et masse d’eau brute et, plus particulièrement pour l’eau potable, les aires d’alimentation des captages (AAC). Elles reçoivent, d’une part, l’intégralité des précipitations, et d’autre part, rassemblent toutes les voies interconnectées de l’écoulement de l’eau en surface (ruissellement et rivières) et souterrain (infiltration et nappes phréatiques) pouvant alimenter un captage.

Un point de captage de surface (rivières) ou souterrain (nappes) correspond à une station de traitement de l’eau destinée à la satisfaction des besoins en eau dite potable. Il est protégé concentriquement par 3 périmètres de protection (PPC) dont la surface totale ne représente qu’une infime partie de celle de son AAC.

Les périmètres de protection de captage (PPC) répondent à la prévention des pollutions ponctuelles.

Mais ils ne donnent pas satisfaction pour prévenir des pollutions lentes, diffuses et durables sous les feux de l’actualité telles que plastiques, pesticides et bien d’autres.

En effet, la progression des méthodes d’analyse a mis en évidence l’imperfection des technologies actuelles de traitement de l’eau au niveau des stations dédiées pour assurer l’élimination de ces polluants caractérisant ces pollutions.

Celles qui pourraient y prétendre engendrent des coûts financiers et/ou énergétiques insupportables.

Or un point de captage est situé à la convergence de la circulation de l’eau au niveau de l’AAC.

Cette eau aura ainsi concentré, pendant son parcours tous les polluants contaminant l’AAC.

La raison impose donc de maîtriser « à la source » les pollutions pour limiter les coûts et les imperfections du traitement de l’eau.

Les AAC qui subissent en totalité les actions polluantes initiales, sont donc les lieux privilégiés des actions de prévention « à la source » de ces pollutions par des mesures appropriées apportant une solution pérenne à cette situation lourde de conséquences pour les santés publique et environnementale.

«il n’y a pas d’alternative » en terme de pertinence et d’efficacité.

Pérenniser le traitement – coûteux – d’une eau polluée génère un retard à la mise en œuvre prioritaire « à la source » des mesures.

Il est bon de rappeler aussi que les polluants extraits sont en général rejetés dans le milieu sans état d’âme vis-à-vis de l’aval qui devra à nouveau supporter un traitement!

La dégradation progressive de la ressource et la situation de plus en plus difficile de nombreux captages suppose une volonté politique puissante d’identification des AAC pour chaque captage ce qui est réglementairement possible (loi sur l’eau de 2006) mais ni systématique, ni obligatoire et laissée à l’initiative des préfets.

Les collectivités doivent donc initier et généraliser le mouvement.

Car les biais de retardement comme la dilution permise par les interconnections ne peut être qu’une solution de fuite devant l’ampleur des enjeux liés au conséquences de ces pollutions sur le temps long.

Ces actions ne sont pas neutres d’effets collatéraux et devront être définies avec tous les acteurs de l‘eau.

Les aspects financiers devront être réévalués.

Elles s’inscrivent pleinement dans l’urgence de la transition écologique et revêtent une priorité aiguë, l’eau bien commun étant l’élément vital primordial.

Ces actions ne pourront être comprises et acceptées d’un point vue sociétal que par l’information et la connaissance du cycle de l’eau et des enjeux associés à son respect et à son intégrité.

Les Champs d’Ici a la modeste ambition de contribuer à l’atteinte de ces objectifs dans le cadre de plusieurs dossiers à venir qui seront consacrés à cet élément.

Billet de Jean-Marc Lalloz

L’agroforesterie, une solution qui prend racine peu à peu

L’agroforesterie, une solution qui prend racine peu à peu

Les pouvoirs publics semblent prendre conscience, peu à peu, des enjeux liés à la gestion de l’eau agricole. Une bien maigre avancée que saluent, malgré tout, des paysans éleveurs pragmatiques installés dans l’Eure. La famille Duedal, pratique l’agroforesterie fourragère sur l’exploitation depuis plusieurs années.

Dans un rapport de mars 2022, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (Ministère de l’agriculture et de l’alimentation) notait ceci en préambule : « Le changement climatique est, selon le GIEC, généralisé, rapide et d’intensité croissante. Son impact potentiel sur la ressource en eau en France (avec une tendance à la baisse des précipitations en été, une diminution des débits d’étiage des cours d’eau, une baisse du niveau moyen mensuel des nappes…) est tel que le sujet de la gestion de l’eau agricole est devenu central. L’agriculture doit donc s’adapter pour économiser l’eau. Sa mutation ne passe pas par une réponse unique mais par la mobilisation simultanée de plusieurs leviers d’adaptation ou « panier de solutions », dont il convient de rechercher pour chaque territoire la combinaison la mieux adaptée ».

Bon sens et pragmatisme paysan

Une pâture à proximité de l’exploitation de la famille Duedal. Crédit Gilles Motteau – GA presse

Sur le terrain, dans l’Eure (Normandie), mais pas uniquement, certains paysans ont précédé les conclusions du rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER). C’est le cas de la famille Duedal : Didier, le père, et maintenant Hugo le fils et Mégane sa compagne, éleveurs de brebis. Voilà une dizaine d’années, Didier Duedal a engagé la réflexion, puis deux ans plus tard la mise en action. A savoir passer les pâturages en agroforesterie fourragère. Le constat de départ est simple : des sols qui s’appauvrissent peu à peu, qui ne retiennent plus l’eau, jusqu’à ne plus remplir convenablement leurs fonctions vivrières.

« La porte d’entrée au passage à l’agroforesterie sur notre exploitation de 75 hectares a d’abord été le constat effectué à l’époque en ce qui concerne la mauvaise qualité de l’eau et la perte de biodiversité, rappelle Didier Duedal. Les explications de cet état de fait étaient et restent, encore aujourd’hui, multifactorielles. L’usage démesuré du mécanisme avec des engins agricoles toujours plus imposants qui tassent la terre à l’extrême. Des labours parfois irraisonnés. L’utilisation de la chimie et des produits phytosanitaires. Et désormais les aléas climatiques. Tout cela concourt à réduire le vivant ».

Didier Duedal a planté une première tranche de haies fourragères (cormiers, merisiers, tilleuls, alisiers, robiniers…) sur plusieurs parcelles en 2016. Il y a quelques mois, Hugo, son fils, et Mégane, la compagne de ce dernier, rejoignent le patriarche sur l’exploitation. Une deuxième tranche de plantation est en cours.

« Nous sommes désormais dans une démarche de lutte contre le réchauffement climatique, explique Hugo Duedal. L’objectif est d’améliorer le bien être animal mais aussi celui de nos cultures et nos fourrages ». Une source d’inspiration afin de retrouver des sols vivants et ainsi gérer l’eau sainement et durablement.
 

Didier (au premier plan) et Hugo Duedal. Crédit Gilles Motteau – GA presse

Nos fiches biodiversités: la couleuvre à collier

Nos fiches biodiversités: la couleuvre à collier

Couleuvre Hélvetique

Statut de conservation(1) “quasi menacée” dans la liste rouge régionale.

ASPECT : Serpent svelte, queue longue et effilée, tête peu distincte du cou. La couleuvre à collier est souvent dans les nuances du gris mais on peut la rencontrer dans certains biotopes, avec une robe verte-olive, ou encore marron-gris. Elle possède des taches noires sur le dos en forme de barre verticale et possède autour de la tête un anneau jaune-blanc, très marqué au plus jeune âge et s’effaçant avec le temps. Un vieux spécimen peut par exemple ne posséder aucune trace de collier blanc.

 

Dimensions :

  • Inférieur ou égal à 1 m pour les mâles et + pour les femelles (1,40 m observé).

Comportement :

  • Diurne mais nocturne en période de reproduction des anoures (Crapauds, grenouilles et rainettes).
  • Passe l’hiver dans des galeries ou abris naturels de fin octobre à début mars.

Habitat :

  • Grande variété d’habitats en lien avec la proximité de milieux humides.
  • Certains adultes en milieux plus artificiels, bord de voies ferrées, jardins…

Particularités :  

  • Elle chasse le jour, souvent dans l’eau.
  • Aux heures de grandes chaleurs, elle se repose pour se réchauffer au soleil, ou attend calmement dans l’eau fraîche.
  • Pour se défendre, elle éjecte un contenu malodorant avec ses glandes anales.
  • Elle se sert aussi de ce dernier en simulant sa mort pour décourager les prédateurs.
  • Elle nage avec aisance, la tête hors de l’eau (peut rester 15 mn sous l’eau).

Alimentation :

  • La couleuvre à collier mange des amphibiens (grenouilles, crapauds, tritons.) et aussi de petits poissons si elle chasse dans l’eau. Elle peut aussi manger des rongeurs, lézards.
La couleuvre à collier ne possède pas de crochets à venin et est inoffensive pour l’homme.
Même si bon nombre de jardiniers prennent les couleuvres à collier comme des animaux nuisibles, il n’en est rien, bien au contraire.
C’est une une alliée contre les rongeurs du jardin.

(1) SOURCES : https://www.faune-maine.org – Étude 2022

L’agriculture sacrifiée pour les puces électroniques en vallée du Grésivaudan

L’agriculture sacrifiée pour les puces électroniques en vallée du Grésivaudan

A côté de Grenoble, deux usines à puces électroniques consomment énormément d’eau. Leurs développements menacent l’agriculture locale, notamment à cause de l’artificialisation des sols qu’ils accélèrent.

Vue plongeante sur le site de production. Crédit Vincent Peyret – GA presse

C’est un fait maintenant bien connu : le développement de la vie « virtuelle » entraîne quantité d’impacts « matériels » considérables. Ainsi la production des semi-conducteurs, ces puces électroniques essentielles à tous les objets « connectés », implique une grande consommation de produits chimiques, d’électricité et d’eau. Exemple concret : à côté de Grenoble, se trouvent deux usines des multinationales Soitec et STMicroélectronics, produisant des semi-conducteurs pour débouchés high-tech (des voitures autonomes aux objets connectés en passant par les satellites d’Elon Musk ou certaines armes russes retrouvées en Ukraine).

Une colossale gabegie

Depuis l’été dernier, leur consommation d’eau est au centre d’une polémique et d’une lutte locale. Il faut dire que ces deux sites engloutissent près de 29 000 m³ d’eau par jour, soit l’équivalent de 700 000 douches ou de la ville de Grenoble toute entière (ses 160 000 habitants, ses industries, piscines ou services municipaux d’arrosage et de nettoyage). Et encore, cette consommation pourrait doubler prochainement : l’été 2022, le président Macron est venu accompagné de quatre ministres et d’un chèque de 2,7 milliards d’euros pour annoncer l’agrandissement de l’usine de STMicroélectronics. Une « réindustrialisation » tonitruante pour créer en tout et pour tout 1 000 emplois, soit quand même 2,7 millions d’euros d’argent public par emploi créé. Le mot d’ordre de « réindustrialisation » est d’ailleurs trompeur car il ne s’agit pas de produire des choses ici plutôt qu’à l’autre bout du monde : à cause de la numérisation générale dans laquelle sont engagées nos sociétés, les productions de puces européennes s’ajoutent à celles asiatiques ou américaines, elles ne les remplacent pas.

C’est cette annonce de Macron, faite en pleine période de sécheresse et de restrictions d’eau pour les particuliers et les agriculteurs, qui a entraîné la création du collectif Stop Micro (https://stopmicro38.noblogs.org/). Le 1er avril dernier, un millier de personnes ont manifesté devant les grilles de l’usine pour réclamer : « de l’eau, pas ces puces ! » Une mobilisation qui a permis de mettre ce sujet au centre de l’actualité locale, les élus ayant maintenant une certaine pression pour ne pas céder au chantage des industriels et leur acheminer toujours plus d’eau.

Il faut dire que les usines de puces n’utilisent pas n’importe quelle eau : si elles se sont installées dans la région grenobloise, c’est notamment pour la grande qualité de l’eau potable locale, une des seules à ne pas être traitée avant d’être fournie aux consommateurs. Pour laver les plaques de silicium nécessaires à la production de semi-conducteurs, les industriels ont besoin d’une eau ultra pure qu’ils transforment aussitôt en eau « ultra-impure », à cause des milliers de tonnes de produits chimiques utilisés dans le processus de fabrication. Même si l’eau est en partie traitée avant d’être rejetée dans la rivière Isère, l’impact sur le long terme de ces effluents pollués chimiquement pose question. L’histoire des rejets de l’industrie chimique (dans la région grenobloise ou lyonnaise notamment) a montré que des rejets quotidiens, même infinitésimaux, répétés pendant des dizaines d’années pouvaient complètement pourrir des milieux aquatiques et des nappes phréatiques.

La nappe phréatique est justement dans le viseur des multinationales. L’année dernière, la préfecture a autorisé les industries à effectuer des forages dans la nappe, ce qui inquiète les agriculteurs du coin. La vallée du Grésivaudan, où sont situées les usines, possède en effet une des « meilleures terres agricoles de France » selon Benoît, un des formateurs du brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole (BPREA) de la vallée. Ici, les cultures de maïs notamment sont non-irriguées, grâce à la présence très proche de la nappe phréatique. Dans la ferme école du BPREA au bord de l’Isère, « la nappe est tellement proche qu’on n’arrose quasiment pas, même sous serre ». Si les industriels pompent des milliers de m³ par jour dans la nappe, le niveau va baisser et les agriculteurs vont être obligés d’arroser…

Artificialisation des terres

Ce n’est pas la seule conséquence néfaste à l’extension permanente de ces usines. La plus évidente est l’importante pression foncière que subit la vallée. En accompagnement des développements industriels, les zones d’activités s’agrandissent également sans cesse. Les zones d’habitation suivent le même chemin, notamment pour pouvoir loger les futurs salariés.

Peu-à-peu, les bonnes terres cultivables s’artificialisent, l’agriculture ayant toujours été considérée comme une activité secondaire dans cette « Silicon Valley à la française ». La priorité ici est de produire des puces électroniques, quitte à contourner les lois. Jean-François Clappaz, le vice-président au développement industriel de la communauté de communes du Grésivaudan, se bat pour pouvoir éviter la contrainte de la loi Zan (zéro artificialisation nette) : « Nous demandons que soit prise en compte la problématique particulière du Zéro artificialisation nette afin que le site de la microélectronique dans le Grésivaudan soit frappé d’extraterritorialité pour ne pas être impacté dans son évolution future » (Le Dauphiné Libéré, 29/06/2023). Ainsi les élus locaux sont prêts à toutes manigances pour produire toujours plus de puces, même à se placer dans « l’extraterritorialité », en-dehors du monde réel et des limites physiques de consommation d’eau ou d’artificialisation des sols. Comme si les nuisances du développement du numérique étaient elles aussi « virtuelles »…

Vincent Peyret