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Veiller aux graines, pour le bien commun

Veiller aux graines, pour le bien commun

Casser la (bonne) graine pourrait tout changer. C’est en tout cas ce que pense la coopérative Graines de liberté. Cet établissement semencier, par la coopération professionnelle et citoyenne, promeut l’usage et la production de semences paysannes, dites variétés populations, en Bretagne et contribue à la reconnaissance du métier d’artisan semencier. Pour que la graine reste un bien commun.

Deux chaises de jardin campent devant l’entrée d’une serre bi-tunnel. Perché sur une butte, l’abri des plantes surplombe un potager au bout duquel se trouve une autre petite serre. Le soleil inonde la ferme planquée parmi les haies et les arbres. Le chant des oiseaux la berce.

Stéphanie Saliot s’enfonce dans une chaise et offre son visage aux rayons printaniers, ferme les yeux. « Oh chouette, bronzage. » Elle se frotte les mains avant de les passer dans ses courts cheveux poivre et sel. Une longue mèche rebelle retombe sur ses binocles. Elle rouvre les yeux et se redresse. Une petite pause bienvenue, à en croire son sourire marqué par la fatigue et l’engagement.

Lire aussi : Les NGT, les nouveaux cocktails de l’agriculture

« Vitalité, abondance, résilience »

À 50 ans, elle est à la tête de la pépinière biologique Des fruits, des fleurs, située au hameau Kervitod, au Saint, en plein centre Bretagne. Accompagnée d’un salarié, Alain Brosolo, et actuellement d’une stagiaire, Lou Emanuelli, elle cultive une gamme variée, souvent méconnue du public breton, de plantes comestibles ou utiles pour les humains ou la biodiversité. Sarrasin vivace, argousier, jiaogulan… Des végétaux qu’elle vend principalement à des particuliers.

« La pépinière repose sur trois piliers : vitalité, abondance, résilience. » Et pour que la formule prenne, Stéphanie veille à la graine. « On a un volet recherche sur la pépinière qui porte essentiellement sur la production de semences variétés populations, aussi appelées semences paysannes. Soit on garde les graines produites pour nous, soit on les vend à Graines de liberté pour qu’elles soient commercialisées auprès du public. »

Graines de liberté est un établissement semencier, une SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif) créée en 2022. Basée à Quimper, cette coopérative professionnelle et citoyenne regroupe notamment une vingtaine de producteurs (agriculteurs, maraîchers, pépiniéristes…) et artisans semenciers.

Stéphanie Saliot est pépiniériste et artisane semencière bio au Saint, dans le Morbihan. Elle produit des semences paysannes pour l’établissement semencier Graines de liberté. @Crédit photo : Pauline Roussel

Les semences variétés populations, graines contemporaines

La coopérative promeut la production et l’usage sur le territoire breton des semences variétés populations, à pollinisation libre, reproductibles et libres de droits. Une promotion rendue possible notamment depuis 2020, quand l’Union européenne autorisa les producteurs biologiques à vendre leurs graines paysannes à des jardiniers amateurs.

Les variétés populations sont hétérogènes. Elles possèdent un patrimoine génétique très diversifié, ce qui permet à ces semences, résolument contemporaines, de s’adapter aux évolutions du climat et d’être plus résistantes aux maladies. Aussi, elles renforcent la biodiversité cultivée. Ainsi, l’établissement défend une vision « humaniste » et une sélection des graines fondée sur « une coévolution humaine, plante et lieu » et la réalité climatique bretonne, dont les artisans semenciers sont les architectes.

Lire aussi : Marc Dufumier : « Les NGT restent les mêmes ennemis à combattre »

« Artisane semencière »

« Je suis donc pépiniériste et artisane semencière. Ce sont deux métiers distincts, mais complémentaires, sourit Stéphanie Saliot. Quand tu es pépiniériste, tu apprends à produire tes végétaux essentiellement en semis et à maîtriser la multiplication des plants. Le fait de produire tes propres semences et d’en avoir en abondance vient alimenter ta production de plantes. C’est un cercle vertueux. »

D’année en année, les graines sont sélectionnées par la professionnelle selon un critère répondant à un usage. « Ce critère peut être lié à un goût, un aspect, une résistance aux maladies ou au climat… Pour les fleurs, cela peut être une couleur. Et bien qu’il y ait cette sélection, au final aucune graine ne se ressemblera. » Ce regard sur les graines lui permet de développer sa gamme de variétés vivaces novatrices, venues d’ailleurs.

Le métier d’artisane semencière est complexe, travailler avec le vivant demande une attention permanente. « On est constamment en apprentissage, à observer la nature et tenter de la comprendre. À s’adapter face aux interactions entre la plante, le sol, le climat. À chercher les levées de dormance d’une variété, le bon taux de germination pour une commercialisation auprès de l’établissement semencier. C’est galvanisant car, on est toujours en mouvement. Mais épuisant aussi. Tout n’est pas toujours bucolique. »

Les semences variétés populations, ou semences paysannes, possèdent un riche patrimoine génétique. Ainsi, elles sont plus résistantes aux maladies et s’adaptent aux réalités climatiques bretonnes. @Crédit photo : Pauline Roussel

La reconnaissance du travail

Stéphanie souffle. Elle porte à bout de bras des plantes au quotidien en plus d’engagements politiques forts, intrinsèquement liés au projet économique de la coopérative.

L’importance de la valeur travail est même au fondement de Graines de liberté. « On ne peut pas combattre un système si on ne valorise pas et si on ne reconnaît pas un métier, insiste Emmanuel Antoine, président de la SCIC. Si pour certains parler de métier revient à désenchanter la cause, pour nous cela signifie la porter sans la contempler. On peut défendre un rapport sensible au vivant, sans oublier la raison pour autant. »

Lire aussi : Mathieu Asselin, la photographie documentaire en bandoulière

« La semence, un bien commun »

Le système dont il parle, c’est celui de la semence industrielle. Au plan mondial, ce sont les semences dites hybrides F1, des lignées pures homogènes, qui dominent le marché depuis le milieu du siècle dernier et la modernisation de l’agriculture. « Ces semences sont obtenues par une sélection par généalogie consanguine, un peu comme les rois de France, illustre, avec satire, Emmanuel. Autrement dit, la F1 est issue de deux lignées d’une même espèce et récupère le caractère dégénéré de ses parents. Elle ne survit pas d’une année sur l’autre. Elle est moins résistante aux maladies, donc plus dépendante aux produits phytosanitaires. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien si les entreprises agrochimiques sont aussi des semenciers industriels… »

Ces industriels, tels que Bayer ou Limagrain/Vilmorin, contrôlent 60 % du marché mondial des semences et des pesticides, brassent des milliards et privatisent à coup de brevets les graines, « leur marchandise ». « Il est absolument crucial et urgent de s’opposer à la mécanique de privatisation du vivant par l’intermédiaire des brevets sur les gènes, sur les lignées pures. Pour nous, c’est impensable. La semence doit rester un bien commun », s’indigne Stéphanie Saliot.

En tant que pépiniériste, Stéphanie Saliot produit des plantes novatrices, venues des quatre coins du monde et dont les graines sont notamment sélectionnées pour s’adapter au climat et sol bretons. @Crédit photo : Pauline Roussel

De la graine à l’assiette

Cette privatisation provoque une érosion génétique des variétés cultivées et une homogénéisation de notre alimentation. « Peu importe où vous êtes sur la planète, vous mangez les mêmes variétés. Cet hiver, je suis partie à Nouméa. J’ai vu sur les étals de supermarchés des concombres produits dans des fermes dites locales et vertueuses. En réalité, il s’agissait de semences hybrides F1 achetées chez les mêmes semenciers qu’ici, se désole Stéphanie. Cette homogénéisation de l’alimentation crée une fragilité. Il y a là un enjeu colossal de sécurité alimentaire. »

De milliers de variétés cultivées à travers les époques et la planète, il n’en resterait qu’environ 150 selon la chercheuse agronome Véronique Chable. Une érosion qui nourrit le risque de famine, comme le rappelle l’histoire de la pomme de terre Irish Lumper en Irlande. « En plus, les F1 sont insipides et sans valeur nutritionnelle. À l’inverse, les semences variétés populations sont plus nutritives, accessibles et bien meilleures en bouche », s’exclame l’artisane semencière.

Lire aussi : Ils font de la sauvegarde des variétés anciennes leur combat

Se réapproprier un savoir-faire

« Les graines sont à l’origine de tout, elles sont le fondement de nos systèmes alimentaires, rappelle, non sans gravité, Emmanuel Antoine. Connaître la graine, c’est connaître toute la chaîne. » Mais voilà. C’est aussi un savoir-faire semencier que les multinationales accaparent. « Un savoir qui s’est réduit comme peau de chagrin, presque perdu, regrette Stéphanie. Parce qu’il y a eu un système agro-industriel qui a dominé, dépossédant les paysans. C’est la grande histoire du capitalisme, en fin de compte. »

En devenant sociétaire de Graines de liberté, elle-même membre du Réseau semences paysannes, l’artisane semencière incarne une lutte pour la réappropriation de ce savoir, l’indépendance et l’autonomie des cultivateurs. « On est encore peu d’artisans semenciers, mais on monte en compétence et la valorisation de notre métier doit maintenant passer par une structuration économique de notre filière qui permette aux producteurs de continuer à cultiver bon et vivre bien. » 

Alain Brosolo est salarié et binôme de Stéphanie Saliot. Ici, il désherbe à la main une zone jardinée de la pépinière. L’essentiel du travail à la ferme biologique est effectué à la main. @Crédit photo : Pauline Roussel
Les NGT, les nouveaux cocktails de l’agriculture

Les NGT, les nouveaux cocktails de l’agriculture

L’Union européenne veut faciliter la commercialisation de « nouveaux OGM » dans nos assiettes, les NGT [pour New Genomic Techniques], et des expérimentations se développent rapidement autour de ces technologies. Concrètement, c’est quoi ?

Il s’agit essentiellement de technologies issues de l’édition génomique par la maîtrise du Crispr-Cas9, un système pour lequel la Française Emmanuelle Charpentier a reçu le prix Nobel de chimie.

Cela consiste à « bidouiller » l’information génétique portée par la molécule d’ADN d’une plante. En fait, on coupe des morceaux de cet ADN à des endroits spécifiques avec des enzymes. Ce sont les fameux « ciseaux moléculaires ». Les NGT se différencient des OGM (organismes génétiquement modifiés) puisqu’il n’y a pas de transgénèse, c’est-à-dire de corps étranger introduit pour modifier la plante.

Pourquoi « couper » l’ADN de la plante ?

À l’origine, la technique des NGT est un mécanisme de réparation. Il est détourné de sa fonction biologique pour faire des mutations génétiques où nous souhaiterions qu’elles aient lieu. Je parle au conditionnel car, nous ne maîtrisons pas cette technique qui est loin d’être une intervention chirurgicale précise. Il y a des effets hors cible.

Les NGT font miroiter une meilleure résilience climatique des plantes, plus adaptées et résistantes à notre contexte environnemental. Mais prétendre lutter, grâce à des artifices génétiques, contre le changement climatique et les pathologies des plantes – qui émergent à cause de ces changements et de pratiques agricoles intensives – c’est un leurre. Ces plantes seront peut-être mieux pendant une ou deux saisons, mais elles ne tiendront pas sur le long-terme. Elles n’auront aucun pouvoir d’adaptation. Les NGT sont un mensonge.

Lire aussi : Marc Dufumier : « Les NGT restent les mêmes ennemis à combattre »

En quoi est-ce un mensonge ?

Utiliser les NGT, c’est prétendre faire de l’agroécologie en perpétuant un système qui a complètement déstabilisé les écosystèmes. C’est d’une incohérence très forte, à l’image de la manière dont notre société fait face à tous les problèmes : « Surtout, ne changeons rien. » Plutôt que de se demander comment nous en sommes arrivés là, nous pallions à la marge…

C’est tout l’écosystème qui doit évoluer et s’adapter car, les plantes évoluent en interaction avec leur environnement, pas dans des labos. Avec les NGT, une information génétique sera modifiée de façon artificielle sans maîtriser ni le pourquoi, ni le comment, ni les interactions. L’histoire le prouve : les promesses des biotechnologies n’ont jamais été tenues. Par exemple, les OGM, « censés » faire face aux défis démographiques et climatiques, n’ont fait qu’aggraver notre dépendance aux pesticides. Là encore, nous allons reprendre en pleine face les boomerangs que nous lançons. C’est une fuite en avant.

Comment réparer cette « erreur civilisationnelle » ?

Il faut recréer de la diversité cultivée. Nous allons toujours vers une plus grande homogénéisation du monde agricole. Les NGT confortent cette érosion de la diversité. Or, sans elle, le risque est de se retrouver avec des assiettes vides. C’est destructeur de penser que nous allons nourrir le monde avec les NGT.

Nous ne lutterons pas sans une prise de conscience collective et sans une dynamique forte du côté de l’alternative qui est incarnée par le renouveau des semences paysannes au niveau local. En filigrane, nous devons nous projeter sur la refonte de nos systèmes alimentaires, en s’intéressant à la graine qu’il y a dans nos assiettes et en respectant le travail des paysans qui sont à bout de souffle, pris en étau dans le système.

Lire aussi : Veiller aux graines, pour le bien commun

Pour aller plus loin : Véronique Chable et Gauthier Chapelle, La Graine de mon assiette. Éditions Apogée, préface de Pablo Servigne, 2021, 240 pages.


Des paysages et des visages : préserver une campagne vivante

Des paysages et des visages : préserver une campagne vivante

C’est l’histoire d’un maraîcher bio qui s’installe dans un village d’Ille-et-Vilaine où l’agriculture conventionnelle est une histoire d’héritage. Malgré des visions différentes, il connaît l’entraide paysanne et son installation témoigne de l’importance des relations humaines. Mais, face au mépris politique des petits et l’agrandissement des gros, la campagne perd son tissu social rural.

Crédit photo – Pauline Roussel

Le lieu-dit de la Grée Pichard. Une route à lapins qui ne mène pas bien loin. Au bout de l’impasse, se trouve la ferme maraîchère La Grée en bio. 

Les hommes sont près d’un tracteur qui ronronne. Bottes aux pieds, cottes sur le dos. Dominique Latouche, le chef maraîcher au bonnet enfoncé sur les oreilles, plisse des yeux. Il nous aperçoit, s’approche. 

Oui, pas de souci, on peut échanger ensemble, sourit le paysan. Mais vendredi. Là, y a un client qui attend.” En attendant ledit rendez-vous, retour au Grand-Fougeray. 

Le nouveau

Un village breton devenu une petite ville, aux portes de la Loire. Avec ces lieux de vie, comme le “hangar”. 

Un bâtiment en tôle beige, appartenant à un ancien agriculteur. Les gars du coin (rares sont les femmes à s’arrêter) s’y retrouvent. Il passent en coup de vent, le temps d’une bolée pour causer de la vie du village ou glaner des conseils. Ou, ils donnent un coup de main. Bricolage, jardinage, bûcheronnage, dépannage parfois abattage. 
En 2012, Dominique s’installe comme maraîcher bio dans la bourgade et passe souvent au hangar, pour emprunter du matériel à l’ancien. 

Changement de culture

Dans le patelin, c’est le premier à faire ça, du “bio”. Ici, comme dans bien d’autres localités, l’agriculture est une histoire d’héritage, de noms. Trois voire quatre familles sont, encore aujourd’hui, (très) bien connues et leurs fermes étendues sur les terres fulkériennes.

Elles sont ancrées depuis des années et gèrent des exploitations “bien portantes”. Le maraîchage bio de Dominique, c’est un changement de culture, littéralement. Surtout en ruralité, où les foyers ne manquent pas de jardins à cultiver. 

À son installation, une question taraude les esprits et arrive jusqu’aux oreilles du producteur : “Comment va-t-il gagner sa vie avec cette activité ?

Peu de conversions dans le coin

L’homme entraîne dans son sillage des producteurs des alentours, avec la vente directe à la ferme et un marché qui se tient, depuis le début de son activité, tous les vendredis. 

Vendredi. Il est venu “d’échanger”, pour recueillir l’histoire de ce paysan singulier dans le paysage local. L’impasse qui mène à La Grée en bio s’est transformée en parking, les voitures s’accumulent. Dans un bâtiment à l’entrée de l’exploitation, on vient acheter des légumes, de la viande, du fromage, des galettes, du pain, du chocolat…

Derrière ce même hangar, Dominique charge son camion de cagettes de légumes, pour le marché du lendemain à Pornichet. Il stoppe sa tâche, direction sa maison à (à peine) deux pas. Une belle longère en pierre où il emménage avec sa compagne, originaire du Grand-Fougeray, en 1999. Lui, il vient de Derval, non loin d’ici.

Crédits photos – Pauline Roussel

Je suis toujours un des seuls en bio dans le secteur. Il n’y a pas eu beaucoup de conversions. Il porte une tasse de café à sa bouche. Aussitôt reposée sur la table à manger, il s’enfonce dans sa chaise, croise les bras. Malgré cette allure farouche, le paysan de 52 ans n’en est pas moins souriant et de plus en plus causant.

De l’agroalimentaire à la terre

“Avant de m’installer, je travaillais à la base logistique alimentaire d’Intermarché dans la zone du Grand-Fougeray. Pendant 14 ans, j’étais à la réception des fruits et légumes. J’ai décidé de devenir maraîcher parce que j’en avais marre de contrôler des produits espagnols…” Dominique laisse échapper un rire étouffé. “Puis, j’avais envie de partir depuis un moment. Cette expérience m’a au moins permis de connaître une grande variété de légumes.”

La terre l’appelle. Petit-fils d’agriculteurs, “comme tout le monde”, Dominique cultive chez lui son propre potager, “on vivait déjà en autonomie ici”. Il n’y a plus qu’à agrandir le jardin familial et obtenir, fin 2011, son brevet professionnel Responsable d’entreprise agricole en maraîchage biologique. Alors, il se lance.

Troc de parcelles et entraide

“Pourquoi en bio ? Parce que je ne voyais pas l’intérêt de mettre des pesticides. J’en mettais pas pour moi, j’allais pas le faire pour empoisonner les autres”, lâche-t-il. De quatre serres et un petit lopin de terre pour faire pousser des légumes, des aromates et quelques fruits, Dominique possède maintenant huit serres “tunnel” et une “bi-tunnel” qui recouvrent une surface de 2 500 m². Il a également près de 7 hectares de champs, qui lui suffisent.

Les serres non chauffées, où poussent en ce moment les légumes d’hiver (épinard, fenouil, radis…), se dressent en bas de son terrain, dans un bocage préservé par de hautes haies et un bois. Dominique a pignon sur ses cultures.

Dominique possède huit serres “tunnel” et une “bi-tunnel” qui recouvrent une surface de 2 500 m². Il a également près de 7 hectares de champs, qui lui suffisent. Crédit photo : Pauline Roussel

C’est notamment grâce à un échange de parcelles, avec les deux frères agriculteurs qui possédaient les terres autour de chez lui, que le maraîcher s’implante. “J’ai eu à convertir les terres, ils étaient en conventionnel. Sans eux, j’en serais pas là. Je ne me suis jamais mis à dos mes collègues conventionnels.” À en croire son parcours, pas besoin de partager une vision commune de l’agriculture pour s’entraider. 

Insertion sociale en campagne vivante

“On est toujours là pour se donner des coups de main, comme lorsque j’ai monté mes serres.” Là, c’est le gars du coin qui parle.

Avant de se glisser sous le tissu social agricole, ils connaissaient du monde à travers la chasse et la pêche. Et de reconnaître que ça a facilité son insertion dans le milieu, bien que sa pratique soit à part.

Cela peut même être un atout en soi. Seul maraîcher de la commune, il ne connaît pas la concurrence locale. “Les terres profondes ne sont pas des terres maraîchères. Les maraîchers se concentrent plutôt autour des agglomérations. Chez nous, c’est l’élevage et les céréales.”

Puis, du terroir ou pas, “c’est simple, pour s’intégrer, il faut savoir dialoguer sans chercher à s’imposer”, pense fermement le paysan, agacé à l’idée “qu’on oublie le dialogue”. “Les nouveaux qui s’installent doivent prendre conscience que la campagne est vivante.” Jusqu’à quand ?

Agrandissement et isolement

“Dans le secteur, beaucoup d’agriculteurs vont bientôt partir à la retraite et tout part à l’agrandissement pour les céréales. C’est mauvais pour la biodiversité et la diversité agricole. Quand il n’y a plus que cinq exploitations dans une commune, alors qu’avant il y en avait 30, c’est moins facile de se côtoyer. Les gens n’ont plus l’habitude de se voir et ne prennent plus non plus le temps pour. C’est aussi la société qui veut ça.”

S’il connaît encore une entraide paysanne, l’homme s’inquiète du chemin dans lequel la campagne est engagée. “Les gros agriculteurs sont maintenant plus dépendants à leurs machines et aux banques qu’aux relations humaines. Ils ont les engins qu’il faut, pas besoin de demander un coup de main. Ils s’isolent et les liens se distendent. Sauf que, sans lien, certains n’ont plus rien.”

Le bio, la paysannerie, et le système

Seul à la tête de son exploitation, Dominique emploie trois salariés. Dont sa fille, Amélie, qui l’a rejoint en 2020. Une fierté pour lui, qui se pose malgré tout la question de la transmission, Amélie ne voulant pas reprendre seule l’exploitation et la charge de travail que cela implique.

“Pour attirer vers le bio, il faut des débouchés locaux ! Ce que n’offre pas la loi Egalim [qui promettait 20 % de produits bio dans la restauration collective, NDLR], c’est une fumisterie cette politique. Alors que si elle était appliquée, elle offrirait dans les cantines, les hôpitaux, les maisons de retraite des débouchés non négligeables. Moi, je travaille avec une seule cantine dans le canton, et ce n’est même pas celle de ma propre commune.” 

Un regret pour celui qui a choisi de maîtriser l’écoulement de sa production en circuit-court pour réussir à gagner sa vie (et c’est réussi) sans être dépendant des centrales d’achats, “un système qui peut te mettre à genoux”. Surtout en temps de crise du bio et face aux importations de fruits et légumes. 

Finalement, les choix de Dominique sont intrinsèquement liés à la défense de la petite paysannerie et, donc, des paysages et du tissu social en campagne. Le système ne partage pas sa vision des choses. “Les dirigeants nous méprisent. Avec eux, seuls les gros ont le droit de vivre, les autres ont tout juste le droit de survivre.”

Silence, ça pousse, ça traite, ça empoisonne des terres et des humains

Silence, ça pousse, ça traite, ça empoisonne des terres et des humains

En 2023, ils toquent à sa porte. Un jour de printemps, quand les abeilles butinent les fleurs. Quand des humains sont dans les champs de maïs. Quand certains montent dans leurs engins pour épandre des produits phytosanitaires sur leurs terres.      

Michel Besnard, président du Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest et Jean Poulain, agriculteur d’Erbray à la retraite, gravement atteint de la maladie de Parkinson, savent. Ils savent que le voisin Jean-Yves Vivien, lui aussi, a été contaminé par les pesticides. 

Agriculteurs et agricultrices, premières victimes

Le bilan des victimes de l’usage des pesticides s’alourdit en France, à commencer dans les rangs des agriculteurs et agricultrices, en première ligne. Les chiffres de la Mutualité sociale agricole (MSA) en disent long. Le nombre de pathologies liées aux pesticides, reconnues maladies professionnelles, est en augmentation. 

Cumul des cas de reconnaissance année après année. Données 2018 provisoires. Salariés et non salariés agricoles. Source : Mutualité sociale agricole (MSA). Traitement : Sdes, 2019.

Ils seraient cinq voire six “collègues” touchés dans le secteur d’Erbray, selon Michel Besnard. Le Collectif compte près de  530 adhérents et a suivi ou suit encore près de 250 victimes. Jean-Yves Vivien a donc rejoint ces tristes rangs. 

Sauver sa peau

Entre deux travaux à la ferme de son fils, au cœur du bocage erbréens et sous un vent à décorner les bœufs en ce dernier lundi de février, le paysan de 67 ans accepte de témoigner. Je me suis installé ici en 1980. Je suis du cru, je suis née au carrefour juste en bas. À 63 ans, j’ai pris ma retraite. Le fiston a repris la ferme, un élevage de vaches allaitantes, des Blondes d’Aquitaine. On était déjà en Gaec depuis 2005. En 2016, on est passés en bio.”

Installé à un bureau, dans une petite pièce parsemée de papiers administratifs, Jean-Yves trifouille des notes de ses mains calleuses marquées par le travail de la terre. Des bouts de papier, sur lesquels des dates, des morceaux de vie, des engagements se sont déversés dans une écriture en pattes de mouche.

 “Enfin bon, à peine à la retraite, j’apprends que j’ai un cancer de la prostate. Hormonothérapie, radiothérapie, chimiothérapie… J’ai suivi des traitements jusqu’à l’année dernière. Je pense être reparti un peu, mais bon. En tout cas, j’ai suivi toutes les consignes des spécialistes pour sauver ma peau.”

Mépris

L’annonce de la maladie n’est pas un choc pour le paysan. “Vu le nombre d’agriculteurs touchés par la maladie de Parkinson, le cancer de la prostate, la leucémie, les lymphômes ou la maladie de Charcot que je connais ou que j’ai connus, évidemment j’ai pensé que je pouvais faire partie du club.” 

Malheureuse évidence, silenciée et méprisée, notamment par les annonces du gouvernement de Gabriel Attal. Il y a d’abord eu la “mise en pause” du plan Ecophyto, plan censé réduire de moitié le recours aux produits chimiques dans l’agriculture d’ici 2030. Puis, l’abandon du Nodu, l’indicateur français de mesure de l’usage des pesticides, au profit de l’indicateur européen décrié par le Comité d’orientation stratégique et de suivi du plan Ecophyto lui-même. 

Ainsi, le Premier ministre dit vouloir répondre à la colère agricole. Vaste projet qui se limite aux attentes des agroindustriels et du plus gros syndicat de la profession, la FNSEA. “C’est surtout les gros qui vont tirer les épingles du jeu de cette crise. Les vrais problèmes (la rémunération, la transmission…) ne seront pas réglés”, tranche Jean-Yves.  

Condamner le silence

En janvier dernier, il reçoit une notification de la MSA, reconnaissant son cancer en maladie professionnelle avec un taux d’incapacité permanente partielle (IPP) de 35 %. La procédure de reconnaissance est dans la plupart des cas périlleuse. Pour Jean-Yves, épaulé par le Collectif de soutien, ça a été “assez rapide” : “Mon rendez-vous avec le médecin de la MSA avait eu lieu un mois auparavant, en décembre.” 

Le taux d’IPP permet le calcul des indemnités qui lui seront versées, bientôt. “Mais je n’ai pas fait la procédure pour l’argent !, insiste-t-il. Je l’ai fait pour condamner le silence dans la profession, qui connaît les risques de l’agriculture intensive sur l’environnement et la santé, mais continue dans cette voie. Pour dénoncer l’omerta des lobbyistes et des vendeurs de produits poisons.”

Tabou et fierté paysanne

Il sait que le sujet dérange. Lui-même semble parfois gêné d’en parler. “On n’est pas habitués à dialoguer dans notre métier et ce sujet-là, c’est tabou. Trop peu d’agriculteurs malades veulent faire le lien avec les pesticides.” Fidélité – choisie ou subie – au système, forme de culpabilité ou “orgueil paysan” ? L’idéologie productiviste étouffe la remise en question. 

Jean-Yves ne sait pas quand “il a chopé la maladie”. Il y a longtemps ? Récemment ? “Ce sont des produits vicieux” avec des effets à retardement. 

“On a grandi en suivant les méthodes de nos paternels. En ce temps-là, ça traitait sans se questionner et nous, on baignait là-dedans. Faut bien reconnaître qu’on a fait des bêtises. Est-ce que le cancer vient de la poudre, un répulsif contre les corbeaux, qu’on mettait sur les semences dans le grenier sans gant et sans masque ?”  

Des années plus tard, peu avant de passer en bio et de convertir les quelques parcelles de céréales de la ferme en prairie permanente, le paysan manipule moins de pesticides mais quand même : un peu d’azote, un herbicide et un fongicide.  

Des terres et des hommes à bout

“Maintenant, on a beau être en bio, on est entouré par un gars qui épand avec un pulvérisateur d’une rampe de 42 mètres. C’est systématique les traitements en intensif, pas le choix vu les cultures. Là aussi, c’est sûrement venu dans ma goule. Les produits chimiques ne s’arrêtent pas à la clôture des champs, et puis il n’y a plus de haies chez les productivistes.Jean-Yves se demande que font les écoles et la MSA en prévention des risques ? 

Durant sa carrière, en tant que correspondant Safer et administrateur au Crédit Agricole, il s’est engagé en faveur de la transmission, pour conserver le tissu et la diversité agricole en campagne. Aujourd’hui, il constate, amer, que son fils est un des seuls éleveurs de vaches allaitantes. Il n’en reste que cinq, six tout au plus, à Erbray.  

Face à l’agrandissement et l’arrivée d’un énième “gros” exploitant qui possède déjà près de 700 ha en Pays de la Loire et reprend près 250 ha non loin, il soupire. “Les intensifs et leurs pesticides, faudrait qu’on arrive à s’en passer. Les terres arrivent à bout, nous aussi.”

“L’usage des phytos ne s’arrêtera pas comme ça. Certaines cultures en dépendront toujours tant que des solutions ne seront pas trouvées. Il faut changer les modèles de production, de consommation, structurer la filière bio…”, pense le “fiston”, Simon. 

Les paysans de la Zad, peuple de la forêt

Les paysans de la Zad, peuple de la forêt

Notre-Dame-des-Landes, Loire-Atlantique. Pénétrer dans la forêt de Rohanne, c’est découvrir un écosystème riche et varié. Mais aussi une vision politique, une écologie et une économie paysanne. Cogérés par le Département, l’Office national des forêts et les zadistes, les 50 hectares de bois sont préservés grâce au travail des paysans et à leur enracinement à ce commun.

La forêt de Rohanne est cogérée par le Département de Loire-Atlantique, qui en est le propriétaire, l’ONF, dont la mission est de gérer les forêts publiques, et l’association Abracadabois, collectif d’occupants de la Zad de Notre-Dame-des-Landes qui assure la gestion forestière sur zone. Crédit photo : Pauline Roussel

“Elle est belle, la forêt.” Sourire et oeil qui pétille.

Janvier 2024. Un chemin, la boue, les flaques. L’odeur humide de la terre, de la mousse, du lierre. Des feuilles, des pommes de pins, des coques vides de châtaigne, couchées sur le sol. Et le soleil d’hiver. Ses rayons mordorés qui percent la cime des arbres. Les oiseaux qui chantent.
Plus loin, quand on s’enfonce un peu dans la forêt de Rohanne, il y a aussi des rondins de bois résineux coupés, rangés, alignés. Issus de la coupe de cet hiver, ceux-là serviront au chauffage. D’autres, à la construction des lieux de vie collectifs et habitations de la Zad (zone à défendre) de Notre-Dame-des-Landes.

La contemplation est forte, quand on sait que le bitume aurait recouvert la terre ; l’odeur du kérosène celle de la mousse ; le bruit des réacteurs, le chant des oiseaux. Depuis 2018, et la victoire du mouvement contre l’aéroport, la forêt de la Zad est libérée.

COGESTION TRIPARTITE

En avril 2023, la gestion des 50 hectares de la forêt de Rohanne est partagée entre trois acteurs.
Le Département de Loire-Atlantique, propriétaire du site ; l’Office national des forêts (ONF), dont la mission est de gérer les forêts publiques ; et l’association Abracadabois, collectif d’occupants qui entretient la forêt de la Zad (martelage, bûcheronnage, débardage au cheval, sciage…).

UN COMMUM A PRÉSERVER

“Nos activités forestières ont commencé dès 2015, afin de construire en dur à la Zad et s’ancrer dans la durée.” 

La forêt de Rohanne s’étend sur 50 hectares sur la commune de Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes (Loire-Atlantique). Crédit photo : Pauline Roussel

On a quitté la forêt, et Michel nous accueille à l’abri de la pluie, dans le salon d’une maison collective.
Membre d’Abracadabois arrivé sur zone en 2012, il se souvient des cabanes sauvages érigées dans les arbres pour les protéger.
En janvier 2018, quand le gouvernement d’Édouard Philippe annonce l’abandon du projet d’aéroport, les zadistes luttent pour ne pas perdre les terres, continuer à “les habiter en commun”.
“Un territoire se défend avec celles et ceux qui l’habitent, et se préserve de la même manière”, pense Michel. S’ouvre alors un long processus de discussion, entre l’État, les institutions et les habitants pour régulariser leurs activités sur zone, dont celles dans la forêt.

 

Stockage de bois de chauffage (bois aux dimensions non sciables) avant fendage et distribution aux différents lieux de vie et d’activité de la Zad. Crédit photo : Pauline Roussel

SYLVICULTURE DOUCE

“On pratique une sylviculture douce, raconte l’ingénieur forestier de formation. On choisit les arbres à couper, pied par pied, en prenant le temps de la réflexion et avec une vision sur plusieurs générations.”
Rohanne est à mille lieux de la foresterie industrielle, des paysages meurtris par les coupes rases, le tassement des sols par les engins et la monoculture. Les origines de la forêt remontent aux années 40, avec une première plantation de pins sylvestres. Fin des années 50, le douglas arrive. Les décennies passent et une grande variété d’essences spontanées s’installe : châtaignier, chêne, bouleau, merisier…

 

FUTAIE IRRÉGULIÈRE

Lors de la signature de la convention tripartite en 2023, Abracadabois défend son regard sensible sur la forêt auprès des institutions. Elles finissent par adopter les principes de l’association.
“Dans le plan de gestion, prévu sur 20 ans, le Département, l’ONF et l’association partagent le même projet : gérer la forêt en futaie irrégulière. C’est une futaie où tous les âges de la vie d’un arbre sont mélangés. Il y a des petits, des moyens, des gros et même des très gros bois, et des trouées. On coupe principalement parmi les gros bois, pour laisser la place à la régénération naturelle.”

Le bois récolté en forêt et “sciable” est transporté jusqu’au hangar à bois où se trouve l’atelier de sciage. Les artisans le découpent alors, notamment en vue de projets de construction. Crédit photo : Pauline Roussel

BESOINS COUTUMIERS

Aujourd’hui encore, la cogestion forestière permet de répondre aux besoins coutumiers sur zone, même si ce n’est pas la volonté de construire ou de se chauffer qui rythme les coupes, mais plutôt la relation au vivant.
“Sinon, il y aurait un risque d’appauvrir la forêt, alerte Michel. Le prélèvement du bois est défini par la possibilité forestière, liée à la fertilité de la forêt.”
En fonction du bois récolté, des bâtiments collectifs peuvent naître. “Comme le hangar agricole de la Gaîté ou le hangar à bois, où on le stocke et le scie.”
“La forêt est un commun intégré dans la dynamique de la Zad et même au-delà. 

On y organise des chantiers d’initiation, pour échanger sur notre vision forestière avec des stagiaires qui viennent d’un peu partout en France.” Et partager leur vision politique, existentielle. La paysannerie.

PAYSANS DE LA FORÊT

200 personnes habitent un peu plus d’un millier d’hectares et vivent en autogestion à Notre-Dame-des-Landes. “Habiter n’est pas loger. Habiter traduit une relation d’attachement et de dépendance au territoire. La paysannerie procure un rapport plus juste au vivant.” Michel en est convaincu.
“Les paysans sont ceux qui habitent et façonnent le paysage, travaillent le territoire et vivent de ses ressources. Notre relation à la forêt incarne parfaitement cette vie. On restaure cette image du paysan, sans tomber dans le passéisme.”
La paysannerie, c’est aussi une économie, collective et locale. La seule, selon le zadiste paysan, qui s’oppose frontalement à celle mondialisée du capitalisme et “permet de sortir d’un monde industriel qui va droit dans le mur.”

 

Une économie locale et collective paysanne, c’est un circuit ultra-court. Le  bois collecté en forêt permet de se chauffer et de construire en dur sur zone, en priorité des bâtiments collectifs, comme le hangar à bois ici. Crédit photo : Pauline Roussel

NÉCESSAIRE CONFLIT ?

Contre la destruction massive et indolente du vivant, les zadistes comme les Soulèvements de la Terre ont choisi la lutte collective. “Le conflit est nécessaire.”
L’État français n’est pas fait du même bois. Avec la loi Biodiversité de 2016, il a créé un outil juridique pour protéger l’environnement, autrement : l’Obligation réelle environnementale ou ORE.

UN OUTIL DE BIODIVERSITÉ

Avec cet outil, tout propriétaire privé ou public (région, département, commune) d’un bien peut le protéger et ainsi sauvegarder ou restaurer ses fonctions écologiques.

À l’image du propriétaire d’une forêt, qui voudrait la préserver des coupes rases ou d’autres projets industriels.
Il inscrit cet engagement dans un contrat, l’ORE, signé devant un notaire avec un cocontractant tel un organisme agréé pour la protection de l’environnement. Ses conditions seront respectées, même en cas de vente ou de succession de son terrain, pour une durée de 20 à 99 ans.
Encore méconnu, cet outil sort peu à peu du secret. Des associations environnementales en font la promotion pour conserver des poches de biodiversité ou en créer de nouvelles. Grâce à l’ORE un projet de plantation de forêt est sorti de terre en Dordogne.

LÉGITIME DÉSTRUCTION ?

Et puis, il y a l’ORE dite de compensation écologique, qui trouve son intérêt auprès des maîtres d’ouvrage.
“Comme le constructeur d’un parc éolien qui doit artificialiser des sols pour son activité. Nous l’accompagnons dans la mise en place de ses mesures compensatoires”, illustre Nicolas Lahogue, responsable adjoint du cabinet Dervenn, expert en génie écologique, à Betton (Ille-et-Vilaine).
Dervenn devient cocontractant, et l’énergéticien souscrit une ORE avec un particulier qui possède une zone humide, afin qu’elle soit protégée et suivie pendant 20 ans.
Le cabinet s’est spécialisé dans l’ORE de compensation. Rares sont les associations environnementales qui s’engagent dans ce type de projet, perçu comme légitimant la destruction d’écosystèmes. Dont, potentiellement, des forêts.